Quelques petits cailloux blancs sur mon chemin :

 

Un conte source : Le Petit chaperon rouge dans un grand livre illustré dont j’ai perdu la trace mais pas l’expérience qu’il m’a donné de vivre.

Ce jour là, mon père retapissait la salle à manger, le canapé, décalé du mur, était recouvert d’un drap blanc. J’étais dessus. A côté, mon père, perché sur l’escabeau s’appliquait à positionner une laie aux teintes bleutées. Moi, je m’appliquais à lire à haute voix le conte du Petit chaperon rouge. J’aimais beaucoup la couverture du livre en noir de loup et rouge de fille. J’étais au CP.

Soudain, mes lèvres se sont tues mais l’histoire à continuer et les mots sonnaient, résonnaient et jouaient dans ma tête ! Ils le faisaient avec bien plus de facilité que sur mes lèvres qui ne savaient qu’énoncer, qu’énumérer. J’ai levé les yeux, mon père ne s’était rendu compte de rien et je n’ai rien dit : c’était moi toute seule. Le chaperon rouge était pour moi toute seule.

Depuis, je ne fais que chercher comment partager, transmettre ce sentiment de liberté profondément joyeuse et nourrissante, allié à cette sensation que l’histoire racontée se doit d’être adressée au jardin secret de chacun.

 

Des cailloux blancs, il y en a eu d’autres et parmi eux, celui là :

A 19 ans, j’étais danseuse et étudiante en psychomotricité et, en grands questionnements sur la place de l’artiste sur scène, sur son rapport avec le public…

Un jour, Centre Interculturel Mandapa à Paris, la curiosité m’a fait entrer en voyant une annonce de rencontre avec des conteurs. Je me retrouve dans un petit amphi, avec une soixantaine de personnes. Le conteur est hindou, il conte dans sa langue un récit épique de quarante cinq minutes, on nous a prévenu. Je suis saisie par la force d’écoute du public et en même temps, interloquée par la situation : nous sommes en train d’écouter quelqu’un dont nous ne comprenons pas un seul mot, j’ai vérifié ! Mis à part une ou deux personnes, pas d’indien.

Une réponse me vient : le chant des mots et la présence de cet homme qui ne fait pas spectacle de sa personne mais qui donne, offre une parole qui le tient debout avec une force, une beauté et une humilité qui nous nourrit.

Je fais alors le vœu secret de cet ouvrage là.

 

Des cailloux blancs, il y en a eu d’autres, tant d’autres…

 

Itinéraire Anne Lopez
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